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jeudi 29 janvier 2009

Le Père Guézou est mort

Le Père Guézou n'est certainement pas une de ces figures marquantes de Hi-Tech, le visionnaire qui aurait démarré une startup devenue millionnaire ou qui serait le point de départ d'une innovation majeure de l'internet... Ce n'est pas un personnage du IT... C'est un personnage tout court. Ce prêtre d'origine bretonne, il fallait bien qu'il tienne sa pugnacité de quelque part, oeuvrait en Inde depuis 50 ans. Quand il escalade la montagne de Yelagiri, dans le Tamil Nadu, à mi-chemin de Chennai et Bangalore, encore un présage, le Père Guézou porte une table sur le dos, il faut bien pouvoir célébrer la messe une fois là-haut, et croise ours et panthères. Son but? Pas seulement porter la Bonne Nouvelle, sa venue en est déjà une, mais il vient pour réaliser sa vision, convaincu qu'il est que l'éducation sera le moteur pour éradiquer ou au moins lutter contre la misère.

Le Père Guézou

Commençant par de modestes écoles pour apporter les enseignements rudimentaires, l'institut est monté en compétence au fil des années, et abrite maintenant un excellent institut tecnologique qui a su attraper au vol l'opportunité du boom IT. C'est ainsi que des milliers de jeunes parmi les plus exclus ont pu faire des études en Inde du Sud.

J'ai eu le privillège de rencontrer le Père Guézou en septembre. Un homme accompli et qui pouvait être fier de son travail, mais il en parlait avec modestie. Je l'ai connu par l'intermédiaire d'Anand, un jeune issu d'une famille pauvre du Sud, qui a pu grace à l'institut suivre de vraies études et une formation solide pour devenir développeur et travailler avec l'un de mes partenaires à Chennai. Cet institut a développé également une junior entreprise dans laquelle évoluent durant deux années au plus, les étudiants fraîchement diplômés. Je leur ai confié quelques petits projets et je dois reconnaitre qu'ils ont été menés dans de très bonnes conditions et des délais qui m'ont vraiment étonné. Quand on est habitué à travailler en Inde, on ne peut être qu'agréablement surpris par de tels résultats qui plus est, obtenus sans forcer.

Alors que l'IT indien est touché de plein fouet par la crise, 80% de ses revenus dépendent des Etats-Unis, subit de sévères contre-coups internes (Le scandale Satyam d'abord, la chasse ouverte aux CV truqués), cet institut démontre l'importance de l'éthique et de la qualité que l'on doit donner aux formations.

Le Père Guézou qui nous quitte n'était pas un génie de l'informatique, ni un visionnaire du web 2, mais il peut nous rappeler, dans une période aussi trouble, que pour être au service de l'Homme, il est indispensable de mener ses entreprises et projets dans le véritable but de l'élever et non de l'exploiter.

Posted by Frédéric DONNETTE at 4:08 PM
Categories: Actualités

mercredi 14 janvier 2009

Satyam mouton noir ou pris au jeu

Du scandale Satyam, ce fer de lance de l'industrie IT indienne, il faudra tirer beaucoup de leçons.

Le 23 décembre 2008 par une annonce presque banale cette société de services était proscrite de la liste des fournisseurs de la Banque Mondiale. Ce qui aurait pu rester un simple accident explicable par des exigences très strictes d'un organisme mondial du secteur financier, secteur qui est lui même dans la tourmente et la défiance, est rapidement devenu le révélateur d'une fraude gigantesque de 750 millions d'euros d'actifs fictifs.

Dans cette affaire, son déroulement et ses conséquences on découvre à la fois des particularités indiennes et l'illustration, malheureuse cette fois, d'un business mené comme n'importe où dans le monde.

Les choses sont allées très vite pour aboutir à la démission et même la mise en examen du Président de Satyam, Ramalinga Raju. Cela montre que la crise financière de l'automne dernier fragilise davantage ceux qui s'exposent par leur comportement tablant sur la mansuétude qu'on leur a souvent accordée. La question se pose maintenant de savoir quels étaient les vrais mobiles qui conduisaient Ramalinga Raju à falsifier lescomptes, d'autant plus que dans un secteur aussi dynamique avec des résultats souvent insolents cela parait presque naïf quand on est à la tête d'une société reconnue internationalement pour sa qualité et son efficacité. C'est donc probablement autour de ce coeur de métier que pourront émerger les réponses, car la compagnie Satyam est aux mains d'une famille puissante et les premiers éléments laissent à penser que les manipulations auraient pu servir à masquer des opérations sans aucun lien avec les services informatiques. On comprend mieux la ferme volonté des autorités indiennes à livrer la vérité, car il y va de la crédibilité du secteur informatique, vital pour l'économie.

C'est d'autant plus flagrant que même les concurrents, Infosys en tête, se gardent bien de tirer sur l'ambulance, et vont même jusqu'à assurer qu'ils ne démarcheront pas les clients et même n'examineront pas les candidatures des employés de Satyam. Pourtant il n'est pas encore certain que la paye des 53000 salariés soit réalisée. Cette solidarité, surprenante dans un univers très prédateur, n'a probablement pas d'autre raison d'être que d'éviter un naufrage qui cette fois refroidirait les clients et prospects occidentaux.

Posted by Frédéric DONNETTE at 10:57 AM
Categories: Analyses