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jeudi 21 février 2008
Des ingénieurs IT se voient comme des vaches à lait
Un email intitulé "Save the IT People from Debts" circule en ce moment dans l'univers IT indien. Pour le moins surprenant, c'est un appel au boycott des cinémas Sathyam, des bars Coffee Day, des restaurants Anjipar. Mécontents des augmentations de prix pratiqués selon eux parce que la clientèle est essentiellement des informaticiens et qu'il est donc "facile" de taxer leurs salaires largement supérieurs à ceux du reste de la population.
La complainte du développeur est donc devenue, je cite:
"Le salaire que nous gagnons, c'est notre argent gagné difficilement, la plupart du temps assis dans la nuit, loin des rencontres familiales, des amis etc... mais tout notre argent ou la plupart s'en va pour des gens qui ne font que profiter de notre vie stressante (à la fois mentalement et physiquement) et de notre style de vie à l'occidentale"
S'en suivent quelques exemples de la vie courante, le chicken briyani est passé de 65 à 78 roupies (1,40 euros). Le pop corn au cinéma de 20 à 30 roupies (0,50 euros), puis enfin la cible principale du mail les promoteurs et agents immobiliers puisqu'un appartement qui coutait 18.000 euros il y a un an, est vendu maintenant 45.000 euros.
En tous cas cet email montre bien le fossé qui se creuse en Inde entre le personnel IT qui revendique un statut privilégié en temps que moteur de l'économie et le reste de la population (80%) qui doit se contenter de salaires excédant rarement 3000 roupies. (50 euros).
lundi 11 février 2008
Dégraissage dans l’industrie IT indienne
Dégraissage dans l’industrie IT indienne
Les nouvelles se succèdent et ne sont pas bonnes. Surtout pour les employés les moins qualifiés qui voient s’éloigner les possibilités d’augmentation salariales à deux chiffres comme on les a connues ces dernières années, mais encore plus, peuvent redouter les tests de performances auxquels on les soumet. Après l’annonce par IBM d’un plan de licenciement de 700 personnes sur toute l’Inde, dont 150 sur Calcutta, c’est au tour de TATA Consulting Services (TCS) de reconnaitre l’allègement de 500 postes. Ce sont surtout les débutants et les moins performants qui sont visés. Les premiers chiffres qui sont annoncés maintenant semblent n’être qu’un petit début par rapport aux dizaines de milliers qui sont évoqués confidentiellement pour les mois à venir. Les entreprises ont beau expliquer qu’elles se doivent d’élever leur niveau pour remonter dans la chaine de valeur, il est facile pour les analystes de faire la corrélation avec les différentes évolutions observées ces derniers mois et dont j’ai fait largement état dans cette tribune.
Il s’agit donc bien de réagir face à la convergence de plusieurs facteurs.
D’abord, l’effet de ciseau d’une roupie forte et d’un dollar déliquescent, ensuite une amorce de récession aux Etats-Unis et les coupes budgétaires des projets informatiques, et enfin la montée en puissance dans l’offshore IT de rivaux tels que la Chine, la Russie, le Brésil. L’industrie indienne entre en phase d’assainissement, il faut donc interpréter avec prudence ces mouvements qui n’ont rien à voir avec de la panique ou une récession. Depuis plusieurs années les embauches se font à tour de bras, à tel point que les métiers de HR (ressources humaines) étaient aussi devenus des sources de débouchés importantes. Les grandes sociétés, mais pas elles seulement, sur-embauchaient, créant ainsi des bancs d’attente sur lesquels pouvaient patienter longtemps des jeunes gens talentueux en vue de nouvelles opportunités. Les salaires s’envolaient d’autant plus que l’inflation locale est forte, multiplier par trois, quatre voire plus en quelques années est fréquent pour les belles carrières. La pression sur les IIT (Universités de technologie) pour fournir des bataillons de software engineers était aussi forte que leur cruel manque de moyen – par exemple en janvier le IIT de Mumbai annonçait l’impossibilité de payer le personnel d’ici trois mois. Cette situation a contribué à amener sur le marché, par effet d’opportunité, de nombreux jeunes qui sans penchant naturel pour la technologie, ont été formés dans des conditions difficiles et donc pas efficaces quand il s’agit aussi d’inculquer.
Les sociétés de service indiennes ont tout à gagner à cet assainissement, cette situation a déjà bien été anticipée depuis des mois, une bonne partie du travail à moindre valeur ajoutée est d’ailleurs lui-même mondialisé par les indiens, y-compris vers la Chine, ce qui semble être une stratégie intéressante d’intégration et de contrôle de la concurrence.
Les effets positifs se ressentiront par une meilleure stabilité du personnel, une surenchère salariale modérée, une meilleure formation plus ciblée vers l’élite, et une meilleure prise en compte du client et de ses exigences de qualité. La loi du nombre qui est mise en avant jusqu’ici ne doit pas faire oublier qu’elle masque un peu trop un noyau important de compétences pointues qui ont attiré en Inde les sociétés occidentales les plus technologiquement avancées. Le coût n’explique pas tout.
Le virage vers l’Europe, France comprise, se confirme. Des bataillons de business développeurs écument les sites web pour récupérer des contacts, et appellent en direct, en anglais, tant pis, des patrons de SSII françaises pour proposer un partenariat. Il faudra dans ce domaine que les sociétés indiennes réalisent que l’externalisation ne peut se limiter à fournir de la main d’œuvre, il faut pouvoir comprendre les besoins du client et les exigences des projets, surmonter des barrières linguistiques et culturelles. Il y a à mon sens de belles opportunités pour des intermédiaires et consultants prêts à faciliter cette coopération internationale.
mardi 05 février 2008
IBM India licencie 700 employés
En Inde la nouvelle fait grand bruit.700 jeunes ingénieurs (ELTPs - Entry Level Trainee Programmers) sont licenciés à travers l'Inde, dont 180 à Calcutta.Cette décision fait suite à une batterie de tests de performance qui ciblait essentiellement les débutants et tests, à propos desquels les managers seniors étaient un peu dans le brouillard.
Interrogé à ce sujet par le Econmics Time, IBM a justifié son action par la politique interne "dirigée par une culture de la haute-performance" et a fermement réfuté un quelconque lien avec les difficultés du business et des pertes en Inde en 2007, comme le laissent entendre des rumeurs dans le secteur.
Le 8 février cette nouvelle est suivie d'une annonce similaire de TCS (Tata Consulting Services) un des majors indiens. C'est 500 employés qui sont renvoyés pour des motifs de performance. Une fois encore les analystes y voient une conséquence du ralentissement aux US et de la faiblesse du dollar.
lundi 04 février 2008
Les sociétés indiennes initient leur personnel étranger à la culture indienne
Le temps où pour le besoin de rendre transparent le service offshore Jaswant était rebaptisé Jack, est probablement révolu. Et voici venu le temps où Jack se fera rebaptiser Jaswant...
Une autre façon de dire pour les grandes sociétés indiennes qui depuis début 2000 ont racheté des sociétés du Japon au Mexique, qu'il devient important que "leurs filiales" commencent à intégrer elles-aussi la culture de la maison mère (qui elle-même, il faut le dire est déjà très influencée par les Etats-Unis).
"Dans un marché global, ignorer les différences culturelles peut élever le risque de mauvaise communication", explique K Venkataraman, directeur à Cognizant. Il y a de fait une demande croissante même chez nos clients préparant leur visite inaugurale en Inde, d'une aide pour comprendre les traits culturels et les différences qui les séparent de leurs homologues indiens.
Wipro qui a 26 centres dans le monde a mis au point un programme dans ce but.Il couvre les nuances de détails à propos de l'Inde. par exemple, alors que les indiens sont conscients et acceptent les différences d'autorités, ils pourront ne pas être francs en présence d'une figure de l'autorité. Cela peut modifier leur attitude. C'est important pour les personnes d'une autre culture de pas interpréter leur silence comme un signe d'acceptation.
