« Une roupie forte qui inquiète le IT indien | Main | Des sociétés IT indiennes regardent vers de nouveaux marchés alors que le marché américain commence à saturer. »
mardi 09 octobre 2007
L'Inde est-elle seulement un pays à bas coûts?
Un fait divers traumatisant a secoué la population IT de l’Inde début septembre. Rohit Reddy, 3 ans, le fils d’un couple d’informaticiens résidant à Hyderabad, une des villes phares du hi-tech, a été enlevé en plein jour par une bande de malfrats. L’issue heureuse de cette histoire après une journée de disparition ne peut occulter l’objectif de cet acte : obtenir une rançon substantielle qui finalement n’aura pas été versée.
Les parents, employés d’importantes sociétés de services, Cognizant Technologies et Satyam Computers, devaient s’acquitter selon la Police, d’une rançon de 200.000 euros, soit 100 ans de salaire d’un ouvrier, mais sûrement moins de 5 ans de salaire (sic) d’un couple travaillant dans le secteur IT. Cet enlèvement survient deux mois après celui d’un cadre supérieur de Satyam et moins d’un an après celui du fils du CEO d’Adobe, Naresh Gupta.
Leurs revenus très au-dessus de la moyenne, et surtout le style de vie affiché par beaucoup qui reviennent des Etats-Unis, donnent à ces informaticiens l’impression d’être une cible de choix, une élite à la fois admirée mais aussi attisant les convoitises. Au-delà des clichés et des faits divers, la réalité est que les hauts salaires ne sont pas l’apanage des seuls informaticiens, les autres cadres des multinationales, notamment dans le retail les devancent souvent.
Conscientes d’être privilégiées dans un pays de 1,1 milliards d’habitants dont 700 millions vivent encore avec moins d’un euro par jour, les grandes sociétés de services investissent dans des fondations qui aident au développement du pays et notamment dans les milieux ruraux. Le Nasscom (équivalent du Syntec) a créé une association dont la vision est de promouvoir les TIC pour améliorer et transformer la vie des plus défavorisés.
Pays des éternels contrastes, ces différences sont aussi flagrantes dans le monde IT lui-même, quand les salaires de débutants, selon l’importance de la société, son lieu d’implantation, le niveau d’études, le potentiel individuel, se situent dans une fourchette de 6.000 à 100.000 euros annuels. Il en résulte des tensions inévitables sur le marché du travail avec des augmentations de salaires jusqu’à quatre fois par an pouvant atteindre en moyenne 20% (ici il faut se méfier des moyennes encore plus qu’ailleurs) et +50% n’est pas si rare. Les top-ingénieurs peuvent voir leur salaire multiplié par six en cinq ans (en roupies, donc il convient de relativiser avec l’inflation locale).
La montée rapide de la rémunération des éléments les plus brillants permet aussi de recadrer l’image qu’on peut se faire de l’Inde en termes d’offshore. Si c’est encore une destination parmi les plus compétitives au monde pour les profils les moins expérimentés, il faut savoir que pour accéder à de l’expertise pointue, ce n’est plus sur le plan économique qu’il faut tabler mais sur la valeur ajoutée. Cette expertise est devenue incontestable si bien que de nombreuses sociétés américaines ont déjà implanté leur centre de recherche et développement : l’accès direct à un immense réservoir de talents, la possibilité de partenariats avec de grandes universités permettent de réagir très rapidement en recrutant massivement si besoin. La réalité de l’offshore en Inde est donc maintenant à facettes multiples tant est si bien qu’il semble difficile pour des décideurs de comprendre des différences importantes de tarifs (que seules les grandes sociétés de service peuvent masquer en les lissant). D’un côté les ressources expérimentées et qualifiées coûteront plus cher que l’idée qu’on s’en fait communément, de l’autre il faut accepter que sur les tarifs les moins élevés la productivité ne puisse pas être équivalente. Les exceptions à cette règle ne peuvent être que des déconvenues (les résultats sont inférieurs aux attentes) ou de bonnes surprises, encore faut-il qu’elles soient pérennes.
L’évolution de la situation ne devrait pas tendre vers l’uniformisation. En effet, la demande sur le haut niveau ne faiblissant pas, on commence à craindre une pénurie d’ingénieurs, alors que de l’autre côté de plus en plus de jeunes diplômés entrent sur le marché (rappelons que 50% de la population a moins de 25 ans), avec un potentiel plus ou moins avéré.
Ces constats renforcent mon avis que l’Inde se distingue particulièrement des autres pays sources d’offshore, en offrant des opportunités pour développer ces potentiels qui en raison de l’environnement ont toutes raisons d’aspirer à progresser. Les sources de motivation et d’émulation sont là et le bénéfice qu’on peut mutuellement en tirer vaut bien les investissements nécessaires.
