Une étude récente menée par US News shortlist révèle que des industriels Indiens majeurs versent des fonds à la base alumni de l’Université de Harvard. Dans le même temps, les universités indiennes souffrent d’un manque d’infrastructure IT moderne, d’une absence des meilleures pratiques et des difficultés à enrôler des étudiants au top. Les industriels choisissent encore d’investir en occident au lieu d’alimenter de leurs fonds les universités indiennes.
Selon cette étude menée annuellement sur 1800 écoles et sur les rapports de deux ans d’alumni, l’université de Princeton se hisse au sommet, faisant d’elle l’université préférée pour les dons. Il est notable que contrairement aux universités Indiennes, largement financées par les frais d’études, les universités occidentales le sont majoritairement par des donations. Par exemple, 20 pourcent des dépenses de Harvard sont alimentées par les frais alors que 50 pourcent le sont par les dons. Un montant significatif provient de la base d’anciens (alumni). Un certain nombre d’études conduites pour étudier le modèle des donations des alumni apportent de précieux renseignements sur l’âge, l’affiliation et la motivation des généreux mécènes. Ainsi il semblerait que l’espoir de voir ses enfants bénéficier d’un accès facilité aux mêmes institutions puisse être moteur. Il se pense même que Anand Mahindra (repreneur de Satyam) ait donné les sommes les plus élevées à Harvard, alors que ses deux fils cherchaient à être admis au collège.
Le géant Indien du IT Wipro qui a connu une année 2010 mouvementée présente des résultats flatteurs qui valident le changement de stratégie.
Dépassant même Infosys, le n°3 des exportateurs indiens des services informatiques affiche un profit en hausse de 10%.
Rohit Anand, analyste sectoriel à PINC Research salue la performance : « La direction de Wipro semble meilleure que celle d’Infosys et c’est venu comme une surprise positive compte tenu de l’actuelle incertitude économique ».
La nouvelle a eu un effet positif en bourse où l’action a pris 5,1%.
Wipro comme ses comparses du IT Indien dépend essentiellement du business généré aux Etats-Unis et en Europe, 90% des 380.000 crores de roupies (64 milliards d’euros). Un marché avec un potentiel de croissance mondial de 3,12% en 2012 selon Gartner mais qui incite quand même le président de WIPRO, Azim Premji, à un peu de prudence :
« Le sentiment macroéconomique général continue d’être incertain et nous le surveillons de près ».
La restructuration menée par WIPRO se révèle être une stratégie payante, avec un recrutement de 5000 employés sur le trimestre, portant ainsi l’effectif à 136000…
C’est la course à la renommée, les sites E-commerce renforcent leur marque en s’affichant en prime-time à la télévision.Les leaders d’abord Flipkart, MakeMyTrip, BigRock mais aussi tout ceux qui veulent s’imposer pour être de la grande fête qui s’annonce.
L’efficacité relative des publicités ne manque pas de poser la question de la pertinence de ce mouvement, mais il faut y voir certainement la volonté d’amener l’image du commerce en ligne hors du contexte hi-tech.
Amener la confiance du grand public est assurément le premier message à faire passer :
Flipkart s’appuie sur l’argument percutant du paiement à la livraison que nous évoquions dans un précédent billet. D’autres spots mettent l’accent sur la garantie d’échange de 30 jours, sur l’avantage prix et disponibilité des produits.
Myntra qui est dans modèle mixte en ligne et magasins profite de son exposition naturelle sur un média grand public pour mettre en valeur son positionnement en ligne:
Le deuxième spot de Mynta.com
Policybazaar.com profite de son passage sur les écrans pour fustiger le danger des relations classiques directes qui expose les clients à l’abus de confiance alors que la comparaison en ligne permet de choisir en meilleure connaissance de cause.
Plus de choix c’est ce que Yebhi met en avant:
Sans oublier que nous sommes en Inde, on ne pourra que rester dubitatif en tant qu’occidentaux devant le message profondément mystérieux de India Plaza.com :
Dans un registre très pittoresque également, le leader des coupons de réductions en ligne n’hésite pas à faire appel aux dieux, comme on le fait pour nos ancètres les gaulois avec un brin de dérision: Snapdeal et Yamdude
Le site campaignindia donne un large éventail de l’inventivité dont font preuve les sites de e-commerce sur la publicité TV, il faut y voir clairement une volonté de banaliser le service proposé et de le positionner comme une alternative aux façons classiques de consommer.
En Inde, les lieux d’implantations de parc IT et de grandes sociétés de l’informatique se multiplient.
Il s’agit de désengorger les grands centres comme Bangalore, Chennai, Hyderabad… Trop chers, peu propices à la rétention des talents qui peuvent enfin trouver des opportunités dans leur région d’origine.
Tata annonce l’établissement d’un centre recrutant 8200 personnes en plein centre de l’Inde à Nagpur (Maharashtra). En investissant 600 crores (100 millions d’euros) le major du IT explique sa démarche ainsi :
« Nagpur a le potentiel de devenir le prochain carrefour pour les industries du savoir comme le IT avec son fort éco-système d’universités, son réservoir de talents et l’infrastructure ».
Le COD (Cash On delivery) est certainement la clé du développement promis du commerce en ligne en Inde. Le nombre de clients sur internet a augmenté de 75,6% en 2011, les sites hors voyage ont progressé de 123%, grâce aux 65 millions utilisateurs en croissance constante.
Malgré cela le business généré n’atteint pas les niveaux connus aux USA ou en Angleterre, alors que les produits proposés complètent bien les circuits de distribution où ils ne sont pas disponibles. Le frein principal demeure la méfiance du consommateur Indien qui a besoin de voir et toucher la marchandise.
La confiance est mise à rude épreuve dans ces transactions et le paiement en ligne n’est pas pour arranger les choses.
C’est donc naturellement que s’est imposé le modèle de paiement à la livraison. Il est ainsi possible d’atteindre un public qui ne se limite pas aux possesseurs de cartes de débit ou de crédit.
Les grands du secteur comme Flipkart, HomeShop 18, Letsbuy.com adoptent sans réserve la méthode qui séduit les clients qui l’utilisent à 40-60% même s’ils disposent d’une carte de paiement.
Nipun Arora, Directeur et co-fondateur de Nine North retail commente ainsi : « Le consommateur Indien se sent plus sécurisé d’acheter des produits en payant en liquide, plus que par carte. Quand bien même ils ont une carte de crédit ou de débit, ils préfèrent effectuer leur première transaction en liquide pour s’assurer de la fiabilité de la société. La majorité des jeunes dépendent de l’argent de poche et donc le paiement à la livraison leur permet d’utiliser le liquide en excédent. Le modèle paiement à la livraison permet de conserver le toucher et sentir, qui est un des composants essentiels de l’acte d’achat. »
Flipkart qui croit à un rythme de 100% chaque trimestre a maintenant 60% de ses commandes en paiement à la livraison.
Le revers de la médaille du modèle oblige les sociétés à tirer sur leur BFR. Beaucoup de clients changent d’avis et renvoient les produits. Il en résulte un délai plus important pour l’encaissement des commandes induit par les délais de livraison.
Rien qui ne rebute les investisseurs en tous cas puisque les sociétés du e-commerce ont attiré plus de 200 millions de dollars depuis janvier.
Le Ministre des Technologies de l’Information de l’Andhra Pradesh, Etat du Sud ayant pour capitale Hyderabad, a présenté fin novembre une tablette Androïd développée par un jeune garçon de 16 ans.
Chiman Prakash Reddy, le jeune concepteur, n’a aucune formation mais s’est passionné pour l’informatique et le développement de jeux, ce qui l’a lancé sur la voie de la créatitivité et de l’entrepreunariat. Il est directeur général de Sareddy Technologies Ltd qui est enregistrée au Royaume-Uni, société qui développe aussi des jeux.
Reddy s’exprime ainsi sur sa tablette : « Nous avons pour objectif de vendre 1000 tablettes le premier mois. Nous discutons avec Reliance Digital et Bajaj Capital pour proposer des plans de financement pour les étudiants et autres ».
Les prises de position sur le potentiel du e-commerce en Inde se succèdent et confirment le mouvement de fond.
C’est le CEO de E-bay, Murali Krishnan, qui le dit cette fois : « A ce ratio (80% d’internautes d’une population chiffrée à 65 millions par une étude réalisée par Juxt), l’Inde pourrait devenir un des 10 gros carrefours du e-commerce mondial d’ici 2015. »
Un article avec une vidéo très intéressante, publié par BBC News, parle de cette immense opportunité, mais aussi des challenges que nous avons évoqués dans plusieurs articles de ce blog : la confiance des clients, les paiements en ligne et la logistique.
L’attrait important de cette nouvelle masse de consommateurs pour les marques étrangères devraient inciter celles-ci à pousser le e-commerce en Inde. Le retail brick and mortar (les hypermarchés physiques) étant à nouveau renvoyé au calendres grecques suite à l’opposition farouche de députés hostiles à l’ouverture prônée par le parti au pouvoir, le Congrès.
Cap Gemini a annoncé la relance de sa solution ERP+ et la création d’un centre de développement pour supporter le logiciel DuetEnterprise (plateforme collaborative réalisée par SAP et Microsoft).
Basé à Mumbai, ce pôle d’ingénieurs aura pour mission de bâtir les solutions taillées sur mesure pour les clients comme GT Advanced Technologies, un fournisseur global de composants pour les marchés du solaire et des LED.
Le CEO de Cap Gemini Inde, Arun Jayanthi, commente ainsi cette croissance de la présence du groupe français dans son pays:
« Cap Gemini continue à investir en Inde, devenant ainsi le hub de l’innovation du groupe. Cap Gemini jouit d’une grande expertise dans les technologies d’entreprises et nous avons plus de 6000 experts en SAP et Microsoft en Inde. The centre de développement de Cap Gémini pour Duet est un grand pas pour proposer les processus intégrés depuis l’Inde et amène notre agenda pour l’innovation à un échelon supérieur. »
Les sociétés indiennes sont parmi les moins rémunératrices au monde. C’est ce qui ressort d’une étude intitulée Salaires IT 2011 au travers le monde. Le salaire moyen révélé par cette étude concerne les niveau moyen au niveau sénior et s’élève à $36,120 par an, ce qui représente moins d’un quart du numéro un de l’étude, la Suisse.
Cette étude a été menée par le recruteur MyHiringClub.com et place l’Inde dans les 10 moins bons payeurs. Elle montre également que l’Europe de l’Ouest paye le mieux et que les pays développés recourent davantage aux parts variables comme les bonus contrairement aux pays qui payent le moins et rémunèrent plus en fixe.
L’analyse de Rajesh Kumar, CEO de MyHiringClub.com est :
« L’impact de l’outsourcing et de l’offshoring des métiers de l’IT en Amérique du Nord et Europe de l’Ouest aide à expliquer le modèle global de rémunération. Les rôles secondaires ont migré vers les régions où le talent est moins cher. L’Inde continue de faire partie des destinations leaders pour le développement IT, grace à son avantage coût. Toutefois l’inflation salariale et la pénurie de talent peuvent émerger comme des challenges majeurs pour garder cette position dans le futur. »
Il serait intéressant de disposer de chiffres sur le bas du panier. L’échelle des salaires et très étendue en Inde, le niveau de rémunération révélé dans cette étude, quoique bas en comparaison mondiale nous semble malgré tout bien supérieur à ce que peut prétendre un débutant moyen (de 2000 à 3000 $).
Regunath Balasubramanian, architecte principal du projet UIDAI (Unique Identification Authority of India*) et Ramesh Chopra, fondateur et éditeur de « Electronics for you » ont inauguré la conférence du Open Source India 2011.
Balasubramanian a déclaré que l’Open source n’est pas encore un mouvement de masse en Inde. Les gens veulent entendre des success stories et les reproduire. Les OSI days sont une bonne plateforme pour partager ces success stories.
La marge qui existe encore dans l’adoption de l’open source est également soulignée par Venkat Mangudi de AssetMapr Inc Inde, un des évangélistes du mouvement : « La formation en PHP est limitée en Inde, alors que Java et Oracle sont proposés dans chaque coin de rue du pays. Il arrive que des promotions entières de collèges soient enrôlées par une même société. Cela les limite et ne leur offre guère de chance d’évoluer ».
(*)Le projet Aadhar (le numéro d’identification à 12 chiffres sur lequel repose l’identication unique en cours en Inde) repose sur les technologies Open Source (OSS) avant tout pour prévenir tout blocage d’un fournisseur, plus que pour des raisons budgétaires.